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Bénabar : «J’ai dû lutter contre le syndrome de l’imposteur»

Posted on mars 10, 2026mars 14, 2026 by ludovic

CARRIÈRE. Vingt-cinq ans après ses débuts, le chanteur continue de creuser le sillon d’une chanson humaniste et populaire. Il rend hommage à ses compagnons de route autant qu’il évoque son parcours.

Propos recueillis par Ludovic Perrin

C’était dans les années 2000 l’un des plus gros vendeurs de disques. Avec son œil cinématographique, Benabar invitait le quotidien dans ses chansons sociétales à la Michel Delpech. Un vrai chanteur populaire à une époque où ce terme hérissait les tenants du « bon goût ». Vingt-cinq ans après son titre Bon anniversaire, le chanteur est pourtant toujours là, bien inspiré avec son onzième album intitulé Le Soleil des absents. Les absents, ce sont les disparus mais ceux aussi que l’on ignore dans toute leur poésie inconsciente : une mère de famille qui a besoin de souffler en poussant la table basse du salon pour danser ou le daron qui se voit moqué dans sa play-list, chahuté par les algorithmes d’aujourd’hui. C’est tendre et amusé que l’humanisme se traduit ici en chansons.

Le JDD. Pourquoi ce titre, Le Soleil des absents ?

Bénabar. J’étais parti à Saint-Pierre-et-Miquelon pour écrire. Je voulais me ressourcer sans pression quand j’ai appris la mort de mon vieil ami Denis [son accordéoniste Denis Grare, décédé en 2023, NDLR]. Ça a été un bouleversement à tous les niveaux. Il n’était pas seulement le parrain de mon fils, c’était un compagnon de route. On a commencé ensemble dans les bistrots au milieu des années 1990. Il tenait une place centrale dans le groupe. C’était comme un menhir un peu taciturne. Je ne me suis jamais vu monter dans un bus de tournée sans lui. Je me trouvais soudain là, seul, avec toutes les questions qui peuvent arriver à la cinquantaine. Alors, je me suis dit que la meilleure façon de lui rendre hommage était de faire un album joyeux. Je suis entré en studio avec des bouts de mélodies sur mon iPhone mais, surtout, avec l’obsession de ne pas faire un disque triste. Dès qu’on sentait pointer le pathos, on virait la chanson. Parce que le chagrin finit toujours par vous emmener vers votre nombril. Ce n’est pas ce que nous avions partagé durant toutes ces années avec Denis.

« Je crois aux fantômes au sens large et poétique du terme »

Les absents peuvent-ils avoir une place aussi importante que les personnes à vos côtés ? On pense par exemple à Michel Delpech auquel vous n’avez cessé de rendre hommage…

Bien sûr. Je crois aux fantômes au sens large et poétique du terme. Quand je chante, quand je prépare un album, je me demande toujours ce que Michel en aurait pensé. Je sens son regard, comme s’il veillait sur moi. Car le sentiment d’absence, c’est quelque chose qui vous rapproche aussi. Le vide que ça crée, c’est une présence en soi.

Ce qui vous rapprochait tous les deux, c’était de ne pas être des artistes de niches…

Faire des chansons divertissantes et populaires a toujours été mon objectif. J’ai constamment eu en tête de m’adresser à tout le monde en partant du principe que c’est le public qui choisit le chanteur, et non pas l’inverse. J’adore ceux qui choisissent leur public, toutes ces castes de chanteurs mais aussi d’acteurs et de cinéastes. On appelle ça des snobs. Je vous rassure, ils ne vivent pas tous dans le 6e arrondissement de Paris, on en trouve même en province ! Ça a été mon combat pendant des années. Et ça m’a valu de me faire pas mal allumer sur le sujet. Populaire ? Pour certains, c’était un gros mot. Mais je suis heureux que beaucoup aient rétropédalé depuis sur la question. Même les branchouilles de France Inter ne nous crachent plus dessus.

C’est cet aveuglement qui a longtemps empêché de voir que les chansons de Joe Dassin étaient extrêmement bien écrites et produites…

Exactement, tout comme celles de Michel Delpech. On trouve aussi ce côté sociétal chez Sardou. Les chansons racontent toujours quelque chose. Chez Renaud, c’est encore plus visible. Mais ce ne sont pas ses titres engagés que je préfère, les autres sont tout aussi parlants.

Quel est le point de départ d’une mélodie chez vous ?

Je pars souvent d’un détail, d’une image. Pour Elles dansent, j’avais depuis des années l’image de la table basse. Pour moi, c’est ça, la poésie : elle s’insinue dans le quotidien. C’est comme le tag qui m’a inspiré la chanson Fuck la peine : ça m’avait frappé alors que j’étais dans un taxi porte d’Orléans, un pur moment de poésie urbaine. Pour revenir à la table basse, pour moi, elle veut vraiment dire quelque chose car elle tient une place centrale dans un foyer. Vous la déplacez et c’est tout le salon qui s’en trouve désorganisé. Alors, j’ai imaginé une histoire où une mère de famille la pousse pour se mettre à danser. Tout d’un coup, c’est la teuf. Sa fille est consternée, elle lève les yeux au ciel. Cette chanson est parfaitement autobiographique. J’ai vécu ce genre de moment, tout comme dans le titre Une playlist de daron. Je suis ravi que mes enfants, malgré leurs goûts, puissent aimer ce genre de musique. Mon fils, qui fait du gros rock, se plaît parfois à faire des reprises de Delpech. Je me dis alors que je n’ai pas trop raté son éducation !

« Le mot d’ordre pour cet album, c’était d’éviter de parler single »

Une chanson, est-ce tout d’abord un texte et une mélodie qu’on fredonne ?

On était quatre en studio avec Bertrand Lamblot, François Delabrière et mon arrangeur Jean-François Berger. Je suis venu avec des chansons sur mon téléphone. Certaines étaient abouties, d’autres moins. C’est un moment que j’adore : on est autour du piano, on affine les mélodies, on les développe. La technologie nous a donné l’habitude de faire des maquettes très élaborées à la maison. Mais c’est une étape qui m’a toujours troublé parce qu’on prend des décisions trop tôt. Il faut se concentrer sur la chanson. Le mot d’ordre pour cet album, c’était d’éviter de parler single. On n’est pas là pour faire des singles, mais des chansons ! Cette question vient toujours en temps voulu. Les singles, c’est pour nourrir l’algorithme tous les quinze jours, comme une espèce de déesse païenne. Moi, je ne vois pas les choses comme ça.

Vous venez heureusement d’une autre époque. C’est celle que vous revendiquez avec les films de Claude Sautet et que l’on perçoit dans la chanson Trois jours trois nuits…

Ce cinéaste reste pour moi un modèle définitif. Mais on oublie souvent de citer Jean-Loup Dabadie quand on parle de lui. De mon point de vue, il pourrait prétendre au rang de génie : il n’a pas seulement écrit des scénarios, il est l’auteur de sketches, de chansons, de pièces de théâtre, qui restent de purs chefs-d’œuvre. Rien n’a vieilli dans son écriture. Je le place au niveau de Nougaro, que l’on oublie trop souvent de citer lui aussi. Encore une injustice de la postérité ! On n’en a ici que pour Gainsbourg… Pour la chanson Trois jours trois nuits, j’ai imaginé en effet un film à la Sautet pour évoquer une rupture. C’est le malaise qui s’invite au sein d’un couple cherchant à cacher cette déchirure aux enfants, qui pourtant la ressentent. C’est cet angle-là qui m’intéressait.

Vos chansons sont toujours très visuelles. C’est flagrant dans Ma banlieue vue de drone. Comment vous est-elle venue, vous le fils d’un régisseur dans le cinéma ?

Voilà des années que je voulais parler de la banlieue, mais je ne savais pas comment l’aborder. On parle toujours des mêmes, des cités qui font les gros titres avec leurs histoires de drogues et de voitures qui brûlent. On ne parle jamais de celles où vivent les classes moyennes. Ces gens gagnent tout juste leur vie en travaillant. Ils n’ont droit à aucune aide mais ils paient leurs impôts. Je ne pense pas qu’on les dédaigne mais les puissants ne s’adressent qu’à eux au moment des élections pour récolter des voix. Ce sont pourtant eux qui font tourner le pays. Je viens de là : je suis né à Thiais, j’ai été élevé en Essonne, près de Corbeil. Aujourd’hui, je vis à Saint-Mandé. Chaque fois que j’essayais d’en parler, je partais dans des trucs un peu sociologiques. Ça ne marchait pas. Puis, j’ai eu l’idée du drone. Vu d’en haut, il n’y a pas de frontière entre ces villes de banlieue.

Un prénom féminin revient depuis le début dans vos chansons : celui de Muriel. Qui est-elle ?

Muriel, c’est comme un tic de langage, un personnage que j’ai inventé. Je l’utilise chaque fois que j’ai besoin d’avoir une copine, moi ou à d’autres, dans mes textes. Heureusement, je n’en connais aucune dans mon entourage, ça m’évite des fâcheries ! Muriel, c’est un mélange de plusieurs nanas : je l’imagine entre 45 et 55 ans, une fille assez jolie sans pour autant être une bombasse. C’est un prénom qui, je pense, parle à tout le monde, assez emblématique justement de la classe moyenne. Quand j’écris, j’imagine toujours la personne qui va l’écouter au volant sur le périph’. Elle n’a rien demandé, je m’invite dans son quotidien, j’essaie de l’intéresser avec une chanson qui ne va pas lui mettre le cafard.

« L’enfance de mes enfants me touche, pas la mienne »

Cette faculté de toucher le cœur des gens explique-t-elle votre admiration pour Pascal Obispo avec lequel vous vous êtes fendu d’un duo, Reste-t-il du bonheur ?

J’avais très envie de travailler avec lui. Son parcours est éminemment respectable. Je suis fasciné qu’il ait pu écrire une chanson comme L’Envie d’aimer. On dépasse là le stade du tube : c’est un standard, une chanson parfaite de comédie musicale avec toute sa grandiloquence assumée. Cela ne veut pas dire que je suis jaloux, mais j’en serais bien incapable.

Pourquoi avez-vous choisi de tourner le clip dans une école primaire ?

Cette idée nous est venue en une minute, au téléphone, alors que la maison de disques nous proposait plein de scénarios très ambitieux. C’est simple : on a donné des iPhones aux gamins et on les a laissés se filmer en train de s’éclater dans une cour de récréation au milieu de laquelle on fait du tandem avec Pascal à vélo. On n’en avait jamais fait, ça nous a bien amusés aussi de faire les cons.

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Nostalgique ?

Non ! Je ne suis pas un adulte enfant ! Je sais que ça bouleverse encore Renaud, l’enfance, mais, moi je n’ai pas ce culte. Je ne suis pas du tout dans ce délire de paradis perdu. Il ne s’est pourtant rien passé d’horrible chez moi, bien au contraire, mais je m’en fous. Quand je vois des photos de moi gamin, je me dis juste que c’est fini. Voilà, c’est tout. L’enfance de mes enfants me touche, pas la mienne.

Vous ne regardez pas en arrière, même pour fêter vos vingt-cinq ans de carrière ?

Non, là non plus, pas de nostalgie. Je constate juste que j’ai beaucoup de chance d’avoir eu une aussi longue carrière. Faire un onzième album, c’est un privilège, surtout dans le contexte actuel. J’ai une grande reconnaissance vis-à-vis de mon public qui m’a suivi durant toutes ces années. Je le dis sincèrement : c’est lui qui me permet d’être là. Ça m’émeut plus encore que les anniversaires.

« On ne peut pas tout miser sur sa bonne gueule ou un talent naturel »

Quels sont les moments forts qui vous reviennent à l’instant ?

Je me souviens de la première fois où j’ai dû jouer sans mon camarade Patchol. Nous formions un duo et une productrice devait venir nous voir au Tourtour, une petite salle à Paris. C’était très important pour nous. On allait être signés, mais il n’est jamais venu. Même si j’écrivais les textes et la plupart des musiques, ce fut une forme de défection terrible. J’étais tout seul dans ma loge à pleurer, alors j’ai décidé de bricoler un petit truc. Denis était déjà à mes côtés. Je me suis lancé, la trouille au ventre et c’est moi qui ai été choisi.

Une carrière ne tient-elle qu’à la qualité des chansons ?

Malheureusement, non. Certains en font de très bonnes et n’ont pas la carrière qu’ils auraient méritée. Car il faut de l’acharnement, être bagarreur, travailleur. Tous les Obispo, Julien Doré, Vianney, Nicola Sirkis bossent énormément, cela veut dire se remettre perpétuellement en question. Car le charme seul ne tient pas sur la longueur. C’est comme partout : on ne peut pas tout miser sur sa bonne gueule ou un talent naturel. Longtemps, j’ai dû lutter contre le syndrome de l’imposteur avant de comprendre que la notion d’artiste renvoyait surtout à un mode de vie, à une vulnérabilité par rapport au quotidien. On peut faire de très bonnes chansons sans être pour autant un artiste, et être un artiste en écrivant des chansons moyennes.

Aujourd’hui, savez-vous quel est votre moteur ?

Oui, être regardé, écouté, une forme de revanche sûrement aussi. Monter sur scène a été déterminant pour moi. C’est un plaisir pur. Une fois que vous y avez goûté, c’est difficile de s’en passer. C’est un tel bombardement d’émotions, que vous jouiez devant cinquante ou cinq mille personnes, cela reste un moment magique. C’est comme le tour bus. Certains n’aiment pas, moi, j’adore ça : ce côté adolescent à refaire le monde en descendant des bières jusqu’à pas d’heure.


Le Soleil des absents ★★★, Benabar, (Sony Music).

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